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Réforme radicale du système? Comment les Adblocks perturbent les médias …

Réforme radicale du système? Comment les Adblocks perturbent les médias …

“Les Adblocks sont, en ce qui me concerne, simplement des voleurs”, a déclaré Christian Van Thillo, le CEO de ‘De Persgroep’, au magazine De Tijd. Les Adblocks provoquent la panique dans le monde médiatique bouleversant le modèle d’entreprise de la plupart des agences, basé autour des recettes publicitaires. Maintenant qu’un simple plugin, comme Adblocker Plus, permet aux gens de surfer sans publicité en un seul clic, cela fait l’effet d’une bombe. Mischa Verheijden, stratège freelance et ‘web copywriter’ parle pourtant d’une bénédiction pour les médias numériques et les agences publicitaires.

 

Le journal De Morgen écrivait, il y a un an déjà, dans un article consacré aux Adblocks que ‘La publicité est l’élément essentiel d’Internet, mais pour combien de temps encore?’. Koen Verwee, CEO de  De Persgroep Publishing déclarait dans l’émission Terzake que “Les Adblocks sur internet sont qualifiables de vol”. Christian Van Thillo, CEO de De Persgroep a réaffirmé la semaine passée dans le journal De Tijd que: “Les Adblocks sont, pour ma part, de simples voleurs et le problème devrait donc être réglé par les tribunaux”.

Pour commencer, dire que la publicité est l’élément essentiel d’Internet, c’est le monde à l’envers: en effet, la publicité est l’élément essentiel des agences médiatiques, et leur survie dépend donc de ces recettes publicitaires.

Si on en revient aux débuts d’Internet, on constate qu’Internet n’avait rien à voir avec le commerce et ne concernait ni les entreprises, ni la vente ou le gain d’argent. Aujourd’hui, l’élément essentiel est toujours le même qu’au début d’Usenet en 1979: le web est un endroit où les gens peuvent se connecter et peuvent échanger de l’information, leurs points de vue et leurs opinions.

Bloquer la publicité n’est donc pas un crime. Au contraire, les utilisateurs d’un Adblock sur leur ordinateur, tablette ou smartphone reconquièrent Internet.

 

Le succès des Adblocks témoigne de ce que veulent vraiment les gens

Oui, les agences médiatiques occupent une place importante sur Internet, mais elles agissent maintenant comme si ce support leur appartenait. Pour être honnête, en voyant toutes ces publicités on dirait bien que ces agences s’approprient littéralement Internet. Des pop-ups aux banners, en passant par les spots publicitaires sur YouTube et les annonces qui nous suivent partout : nous sommes submergés par la publicité.

Le nombre de personnes ayant déjà installé un adblock démontre bien que les gens ne veulent pas de cette publicité. En effet, un utilisateur du web flamand sur huit a déjà installé un Adblock. Mondialement, on estime que 200 millions de personnes utilisent un adblock. C’est une croissance de 40% par rapport à 2014. Et maintenant qu’Apple a rendu l’adblock disponible via l’appstore (gratuitement de surcroît), le nombre d’adblocks installés va continuer d’augmenter à une vitesse fulgurante.

Il est évident que la pression croît également sur les sites d’actualité.

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Réforme radicale du système

Les applications comme Uber, Spotify et Airbnb ont révolutionné la façon dont les gens trouvent un chauffeur, écoutent de la musique et partent en city trip, et tout ça grâce à la technologie. Ces applications ont fourni des avancées technologiques énormes et y ont lié un nouveau modèle de revenus. « L’ancien modèle économique a mal estimé la vitesse à laquelle le consommateur se convertirait au nouveau modèle économique », disaient Brecht Decaestecker et Stefan Grommen dans leur analyse sur comment les adblocks ont des conséquences désastreuses pour les sites d’actualités. (De Morgen, 16/10/2015).

 

« Mais dans le cas des adblocks, ça ne peut plus continuer ainsi », affirment Decaestecker et Grommen. Maintenant, en dehors d’Apple et de Facebook, il n’y a que des perdants. Les deux journalistes de De Morgen réduisent les adblocks à une lutte pour le pouvoir sur la Silicon Valley entre les géants du net tels que Google, Facebook et Apple. En proposant des adblocks via son appstore, Apple nuit au modèle d’entreprise de Google. Et tous ceux qui construisent ou même installent des adblocks, contribuent à cette lutte. Telle résonne la conclusion du duo.

Ceci ne me paraît pourtant pas juste comme conclusion.

Pourquoi dit-on des chauffeurs de taxis, des sociétés d’enregistrements et des chaînes hôtelières qu’ils évaluent mal les consommateurs mais pas des agences médiatiques?

Les médias ne suivent-ils pas non plus un vieux modèle économique ?

Et ces personnes qui installent des adblocks, utilisent-elles vraiment une arme dans la lutte entre Google et Apple ou ont-elles enfin trouvé elles-mêmes une arme pour se débarrasser de ces publicités agaçantes?

 

D’après moi, les Adblocks sont des perturbateurs qui forcent les médias numériques à réformer leur système de manière radicale.

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Perturbation d’un ordre dépassé.

Gérer les perturbations et se voir forcer à totalement repenser son modèle financier est une tâche difficile qui appelle souvent à la résistance.

Van Thillo, CEO de De Persgroep, le confirme dans sa prise de position en déclarant au magazine De Tijd que: “Les tierces parties doivent rester à l’écart de ce qui nous appartient. Les Adblocks sont pour ma part de simples voleurs. Parce que si on les paye assez, ils laissent autorisent certaines publicités. Une chose pareille ne peut qu’être qualifiée de chantage et ne peut être réglée que par les tribunaux. En attendant, nous demandons aux lecteurs de nos sites web gratuits de permettre les publicités. Dans le cas contraire, nous ne leur offrirons plus la possibilité de lire nos nouvelles gratuitement.”

 

Ce n’est évidemment pas correct d’autoriser certaines publicités en échange de paiements, mais ça ne l’est pas non plus de menacer les lecteurs de ne plus leur offrir de nouvelles gratuitement s’ils ne respectent pas leur demandes, on peut alors aussi qualifier cela de chantage.

Plus important frappant encore : parler de vol et de menaces de poursuites judiciaires. Où avons-nous déjà entendu ça ? Ca ressemble à des efforts ultimes d’un vieille économie essayant envers et contre tout de garder une position de force pourtant déjà chancelante.

 

D’attirer l’attention à donner l’attention

La contestation acharnée contre les adblocks prouve surtout que les médias persistent à croire que la seule manière de gagner de l’argent est par la publicité. Pas seulement les médias, mais les agences de publicités aussi devraient commencer à fondamentalement revoir leur campagnes de promotion et de publicité.

Il n’est toujours pas clair, pour beaucoup de sociétés et en particulier pour les agences médiatiques, que le monde a changé et qu’il continue de changer à un rythme effreiné. Le marketing ne fonctionne plus comme avant. Le web a joué un rôle majeur dans le changement de comportement d’achat des consommateurs et de vente des sociétés.

Auparavant, les sociétés devaient aller chercher le client mais maintenant, c’est le client qui trouve la société.

Il y a donc une tendance qui met l’accent sur le don de l’attention du client et non plus sur l’attraction de celle-ci. La publicité telle qu’on la connait doit être considérée comme de « l’old school marketing » car c’est un parfait exemple d’attraction de l’attention.

 

Des modèles financiers différents

Même si De Persgroep n’envisage pas (encore) de supprimer l’accès aux utilisateurs des adblocks, contrairement au “Bild” Allemand, De Persgroep envisage tout de même de changer les conditions d’utilisations applicables aux visiteurs de leur sites web et envisage même de les engager contractuellement. “Nous offrons beaucoup de nouvelles gratuites à nos utilisateurs et nous voulons garder un bon ratio entre la publicité et les articles de fond. Mais en échange de ces nouvelles gratuites, il faut nous laisser la possibilité d’inclure de la pub.”

Malheureusement ceci n’est qu’une adaptation d’un système déjà existant et pas une réforme radicale. Et les temps ont changé, poussant le modèle financier vers un modèle alternatif.

Mischa Verheijden

À propos de Mischa Verheijden

Mischa Verheijden est un stratège rédacteur de contenu web freelance, journaliste et storyteller. Sur base de sa conviction que les gens achètent aussi des gens en ligne, il aide ses clients à gagner la confiance des gens qui cherchent et veulent acheter ce qu'ils ont à offrir par la communication en ligne . C'est pour ça que ça fonctionne!